A KinEnquête

A Kin : Nos actes, nos péchés, récit d’une rencontre inédite

Ce n’est pas facile d’être agent de l’Etat en République Démocratique du Congo, mais le ciel se noircit encore plus quand on est un homme en uniforme, de surcroît, un policier œuvrant à Kinshasa, Capital de la RDC, siège des kinois.

Les policiers sont mal réputés à Kinshasa, les roulages, une unité spéciale de la police en charge de la circulation routière, sont les mal aimés des kinois, chauffeurs et passagers. Le récit bilingue (lingala comme à Kin et Français) d’un échange inédit entre un policier et un responsable de lekinois.cd.

Je me lève comme toujours à 6h30’, avec de l’ambition et de l’enthousiasme de réussir ma journée avec plein des tâches, chez lekinois.cd, dans mon emploi de tous les jours. Bref, j’avais envie de faire comme toujours afin de répondre à mes devoirs quotidiens.


Tiens, je me pointe à mon arrêt habituel, prenant mon transport comme toujours vers le marché Bayaka, ‘’Bayaka, miyibi bakoma ebele’ [ndlr], lance un passager. Je l’approche et lui demande, « Ba miyibi ango baza wapi ? ». Il sourit et me montre des roulages et des policiers : ‘’Bango wana’’ [ndlr]. J’ai sorti un petit sourire. J’ai réfléchi sur le champ sur ce que je pouvais écrire sur lekinois.cd concernant la vie à Kin.

Je décide donc de modifier ce jour-là mon programme afin de m’entretenir avec deux hommes en uniformes ; un policier et un roulage. Mais comment approcher ces derniers sachant qu’à Kin, on a l’habitude de dire « Ba civils na ba policiers ba yokanaka te ». Je suis resté 5 minutes à l’arrêt sans envie de prendre le transport, dans le seul souci de piocher mon premier homme en uniforme.

« Salut mokonzi », à Kinshasa, nous appelons les policiers ainsi afin d’attirer leur clémence et courtoisie. « Beaugar, olobi nini ? » me lança amicalement mon premier interlocuteur « Mokonzi ».

Je lui demande timidement : Je veux vous parler un moment. ‘’Ah masta, toza tongo, masolo nini toko beta, nazo luka lar’’ [ndlr] me lança mokonzi.
« Lar’ango kaka na nzela boye Mokonzi ? » répliquai-je ! Je décide donc de lui proposer un café afin de discuter avec lui. Il était trop curieux de découvrir ce pourquoi j’insistais ainsi. On avança vers une vendeuse de thé, je commande 2 tasses, mais je ne prends pas avec le pain, lui, si.
Nous commençons donc à parler.

Mais avant de s’ouvrir, il me demanda si j’étais qui. Je lui répondis, je suis kinois, je veux juste apprendre sur la vie que vous menez chaque jour en tant que policier. ‘Oko enregistrer nga te ?’’ répliqua MOKONZI.

Je le rassure, je ne suis pas là pour te traquer, la preuve, je ne demanderai pas ton identité mais laisse juste échanger avec toi, disais-je.

Mokonzi, comme je l’appelais, s’ouvrit donc après avoir bu son thé chaud avec du pain et des œufs. On commença donc à échanger. Je lui ai donné ma méthodologie, je vais vous poser des questions, simple que soient-elles et je ne voudrais que vous soyez long dans les réponses, disais-je à Mokonzi.

Coopératif, clément, Mokonzi accepta cela.

Moi : Je suis jeune comme toi, ‘’Mokonzi avait l’air jeune et surtout, il devait être de ma génération’’ [ndlr], mais je me demande chaque jour ce qui vous motive à devenir policier !

Mokonzi : Je suis jeune, je n’ai que 29 ans, je n’ai pas assez étudié pour gagner ma vie comme il se devait, je voulais aussi m’habiller en veste comme toi [ndlr] mais hélas, je n’ai pas pu et j’ai intégré la police afin de ne pas dormir affamé.

Moi : Votre motivation en intégrant la Police est donc de subvenir à vos besoins et non d servir ?

Mokonzi : Je ne sais pas trop, mais cette question est un piège, si je dis que je suis à la Police pour la faim, vous allez dire que je suis irresponsable mais je dirai que je suis policier par ambition.

Moi : mais tout à l’heure tu as dit vouloir réussir ta vie et s’habiller en veste, mais il y a aussi des policiers qui s’habille en veste, n’est-ce pas ?

Mokonzi : j’ai compris que les études sont importantes dans la vie d’un homme quand je suis arrivé à la police. Je n’avais rien à faire et un grand-frère m’a facilité l’intégration à la police. En entrant, j’ai remarqué que les études étaient nécessaires de partout ; même au sein de la police.

‘’Yo ndenge oza beaugar boye, oz ape mayele, soki okoti la police oko zala chef na nga po otangi’’ me lança-t-il en souriant.

Stupéfait, de savoir jusque-là qu’il y avait des policiers qui pouvaient parler et échanger avec leurs âmes, je pris le courage de continuer.

La vendeuse du thé avait l’air de comprendre ce que nous disions et nous approcha pour demander : ‘’Papa, oza nani ? ozo solola na policier boye ndeti ndeko na yo !’’ laissa entendre la vendeuse.

Je souris simplement sans dire mot. La dame se remit vite à son travail et moi, je poursuivi mon entretient avec Mokonzi.

Moi : mais, tu as 29 ans, tu peux reprendre tes études et te donner de la valeur.

Mokonzi : le problème est que nous sommes déjà dans la police et je gagne un petit rien, ça ne suffit pas pour couvrir tous mes besoins mais je fais avec. J’ai 4 enfants et 2 femmes, je ne saurai plus étudier. Je fais ce que je peux en tant que policier.

Du haut de mes 28 ans révolus, je croise un jeune de mon âge qui a déjà 4 enfants et 2 femmes quand je n’ai même pas un seul enfant.

J’ai vite compris le pourquoi mais nous le découvrirons plus tard dans le récit.

Moi : Wow, 4 enfants déjà [et l’un de ses enfants portait mon prénom, ndlr], comment vous faites avec moins de 200$ de salaire mensuel ?

Mokonzi : [rire, ndlr], ‘’na moni que oza penza mayele’’ comment tu me poses des questions si pertinentes ? Je vais te dire un secret : biso ba policiers ya mapeka polele, to kembaka fort, on ne nous paie pas bien et dans la majorité des cas, to melaka bangi na zododo pour oublier le maigre salaire que nous gagnons oubliant même que nous avons des familles à nourrir car on se dit, avec moins de 200$, nako sala ndenge nini ? ndeti nga, j’ai 4 enfants et 2 femmes, je loue 2 maisons pour eux 6, imagine maintenant avec mes centaines de milliers de francs congolais, je ne saurai pas prendre soin d’eux. Yango heure moko, totiaka na biso dring kaka.

Moi : c’est triste mais comment vous suppléez ce manque ? vos salaires sont ainsi et ne changent pas, mais vos familles vivent comment ?

Mokonzi : [oza mayele penza, ndlr], mais nga na tiaka dring, makasi, yango esali kutu que na bota mingi boye, souvent quand je rentre, avec mon ivresse, je tombe sur ma femme disponible, et 2 enfants de mes enfants sont venus ainsi.

Moi : vraiment, l’alcool vous nuit mais comment vous ne le laissez pas ?

Mokonzi : Nos actes, nos péchés, mais les gens ne savent pas pourquoi nous posons certains actes contre nos concitoyens. C’est juste que nous sommes parfois soûls et nous avons besoin d’argent pour nourrir nos familles pléthoriques que nos salaires n’arrivent pas à couvrir. On se lance à tout afin d’avoir quelque chose.

Moi : donc vous extorquez !!!!

Mokonzi : moi, je n’aime pas cette pratique, comme tu m’as vu vers Bayaka, je ne fais que demander 500 fc auprès de chauffeurs pour couvrir mes manques de salaire. D’autres se donnent à l’extorsion et à une mauvaise interprétation des consignes, juste pour soutirer quelque chose aux civils. Nos actes là, sont nos péchés. Mais on n’y peut rien. D’autres coopèrent même avec des kuluna et des voleurs, mais ce sont des péchés, ces actes sont malsains mais le pays ne nous met pas dans les bonnes conditions, que faire ?

Moi : mais c’est compliqué de vivre cette vie, je suis désolé mais pouvez-vous trouvez un autre métier ?

Mokonzi : je suis dans la police depuis 6 ans mais je vous assure, j’ai tout fait pour tourner ailleurs mais le pays ne me permet pas. J’aimerais d’ailleurs que tu sois ministre, ozua nga ata garde du corps na yo.

Moi : mais yo na ba kuiti oko zala garde du corps na nga ndenge nini ?

Mokonzi : eza kaka ko zanga mais si je trouve un bon détachement, je pourrais me comporter mieux mais c’est difficile.

Masta, nga faut nazonga na nzela, to sololi déjà ebele mais je te remercie pona café osombeli nga, il fallait na zela tiii midi pour avoir ceci. Nzambe apambola yo. Conclua-t-il.

Mokonzi se leva et parti sans que je ne lui demande son nom.

Je suis parti tard au boulot mais j’avais des réponses à beaucoup des questions que les kinois se posent chaque jour. Je suis assoiffé de croiser un roulage, mais ce jour-là, le temps ne me permit pas.

Je promets de croiser dans des circonstances similaires un roulage afin de savoir ce qui le motive à donner cette image que les kinois ont sur eux.

A suivre…

La plume informatisée

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